Himarë refuse de tenir en une seule image. Il y a la ville basse, étirée le long de la baie de Spile, avec sa promenade et ses immeubles blancs. Et il y a, quelques centaines de mètres plus haut sur le versant, un vieux village de pierre serré autour de son kastro, où l'on parle grec depuis des siècles. Entre les deux, des terrasses d'oliviers et d'agrumes. Autour, une côte découpée qui aligne les criques, certaines desservies par une route, d'autres seulement par un sentier ou par la mer. Ce contraste — le balnéaire en bas, l'archaïque en haut — fait de Himarë une base bien plus intéressante que ses plages ne le laissent croire.
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Le village haut et la ville basse : deux Himarë
La ville que l'on traverse en arrivant par la SH8 est la Himarë moderne, siège de la municipalité, construite au ras de l'eau autour de la baie de Spile. C'est là que se concentrent les commerces, la promenade et l'essentiel des hébergements.
Himara e Vjetër, le vieux Himarë, est ailleurs. Il occupe un éperon du massif côtier, plusieurs centaines de mètres au-dessus de la mer, dans un tissu de ruelles en pente organisé autour d'une enceinte fortifiée d'origine médiévale. Le dénivelé se franchit par une route en lacets ou, pour qui aime marcher, par des chemins qui coupent la pente : court en distance, long en temps — une constante de toute la riviera.
Depuis le vieux village, le regard porte sur toute la baie et, par temps clair, jusqu'à Corfou. C'est aussi le meilleur endroit pour comprendre la géographie du lieu : une bande littorale étroite coincée entre les monts Cérauniens et la mer Ionienne, où chaque plage occupe le fond d'un vallon.
Les criques autour de Himarë
Le littoral s'organise en une succession de petites baies, chacune avec son type d'accès.
Spile est la plage de la ville, devant le front de mer, atteignable à pied depuis le centre : la plus pratique et la plus fréquentée. Potami la prolonge vers le sud dans la continuité urbaine, desservie par une voie côtière raccordée aux rues de la ville. Livadhi s'ouvre au nord, dans une dépression littorale plus large encadrée de collines : c'est la plus vaste du secteur, avec une descente depuis la route locale.
Llamani est une crique encaissée au sud, entre des pentes rocheuses. On y descend depuis la SH8 par une voie en lacets, sur un profil raide ; beaucoup préfèrent y arriver en petite embarcation. Filikuri est une anse minuscule au milieu des falaises, essentiellement fréquentée par kayak ou petit bateau. Jal occupe une baie au nord, entre Himarë et Dhërmi, avec un embranchement routier descendant depuis la SH8.
Gjipe est un cas à part : la crique s'ouvre au débouché d'un canyon sec, entre falaises, et aucune route ne descend jusqu'au sable. Depuis la SH8, il faut suivre une piste en corniche puis terminer à pied par le canyon, sur terrain rocheux — un vrai engagement physique. L'alternative est l'approche par la mer. Nous lui consacrons une page dédiée : la plage de Gjipe.
Une règle vaut pour toutes : plus la crique est belle sur les photos, plus la dernière portion d'accès est raide.
Porto Palermo, la baie fermée
À quelques kilomètres au sud de Himarë, la SH8 passe au bord d'une anse presque circulaire, refermée par une petite presqu'île. C'est Porto Palermo, l'un des paysages les plus singuliers de la riviera.
Sur la presqu'île se dresse un château de plan triangulaire, aux murs massifs et bas, associé à la figure d'Ali Pacha de Tepelenë, le gouverneur ottoman qui domina l'Épire. On y accède à pied depuis la route, par une langue de terre. L'intérieur est austère : salles voûtées, couloirs sombres, terrasse dominant la baie.
La configuration abritée de l'anse lui a valu un usage militaire pendant la période communiste, avec des installations liées aux sous-marins encore lisibles dans le paysage. Château ottoman, vestiges du XXe siècle et eau très calme donnent à Porto Palermo une atmosphère qu'on ne retrouve nulle part ailleurs sur cette côte.
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Une culture grecque au bord de l'Ionienne
Himarë est officiellement une zone bilingue. La communauté grecque y est historiquement majoritaire, et le grec s'entend autant que l'albanais dans les rues du vieux village ; la toponymie double — Himarë en albanais, Χειμάρρα en grec — se retrouve partout.
Cette continuité se lit dans le patrimoine : églises orthodoxes de pierre, iconostases de bois, inscriptions grecques, maisons à toiture de lauze. Elle explique l'orientation culturelle du secteur, tourné vers l'Épire et Corfou autant que vers Tirana. La même logique se retrouve à Dhërmi, un peu plus au nord.
L'accès en voiture : ce que le relief change vraiment
La SH8 est une route de montagne côtière, à une voie par sens, avec des virages permanents et des passages en corniche. Le kilométrage ne dit rien du temps réel : sur ce tracé, une moyenne horaire élevée est simplement impossible. Prévoyez une marge par rapport aux estimations de vos applications de navigation.
Depuis Vlorë, le franchissement du col de Llogara est le morceau de bravoure : montée continue à travers la pinède jusqu'à environ mille mètres, puis descente en lacets serrés vers la côte. Le col peut être dans les nuages alors que le littoral est au soleil — un effet de barrière classique des Cérauniens. La descente demande de ménager les freins et de rester patient derrière les véhicules lents.
Depuis Sarandë, pas de grand col, mais une succession ininterrompue de montées et de descentes en épingle entre chaque baie : moins spectaculaire et tout aussi lent.
En ville, le stationnement se fait en voirie, sur un tissu urbain étroit qui n'a pas été dessiné pour le nombre de véhicules reçus en saison chaude. Le plus confortable est de se garer une fois pour toutes et de rejoindre les criques proches à pied ou en bateau.
Conseils pratiques
Basez-vous à Himarë plutôt qu'ailleurs sur la riviera : la position centrale entre Dhërmi au nord et Sarandë au sud permet de rayonner sans refaire la SH8 dans les deux sens chaque jour.
Adaptez le programme à l'heure : le vieux village se visite mieux en fin de journée, quand la lumière rase les pierres. Le vent, lui, est un paramètre réel — une crique ouverte au large peut être inconfortable un jour et parfaite le lendemain, alors gardez une alternative abritée en réserve.
Enfin, ne calez pas votre voyage sur le seul cœur de l'été. Nos pages mai et septembre détaillent les meilleures périodes, la carte de l'Albanie reste le meilleur outil de préparation, et notre rubrique transport traite de la conduite dans le pays.
FAQ
Faut-il une voiture pour séjourner à Himarë ?
Pas obligatoirement, mais elle change beaucoup de choses. Sans voiture, on reste sur les plages accessibles à pied et l'on dépend des furgons le long de la SH8 ; avec, les criques alentour et Porto Palermo deviennent atteignables. Les bateaux-navettes locaux sont une troisième option, souvent plus agréable que la route.
Quelle différence entre Himarë et Dhërmi ?
Les deux villages partagent la même géographie et la même culture gréco-albanaise, mais Himarë est une petite ville avec des services à l'année, tandis que Dhërmi est un village perché dont l'activité se concentre sur la bande littorale en contrebas. Himarë convient mieux à un séjour de plusieurs nuits ; Dhërmi séduit ceux qui cherchent un décor plus resserré.
La crique de Gjipe est-elle accessible avec des enfants ?
L'accès terrestre passe par une piste puis une descente à pied dans un canyon rocheux, sans ombre continue. C'est faisable avec des enfants habitués à marcher, à condition de partir tôt, d'emporter suffisamment d'eau et de prévoir la remontée, qui est la partie difficile. L'approche par bateau est nettement plus simple.
Peut-on visiter le château de Porto Palermo en s'arrêtant sur la route ?
Oui, c'est l'usage le plus courant : la presqu'île se trouve à proximité immédiate de la SH8, entre Himarë et Sarandë. Prévoyez de la marche sur terrain irrégulier et une protection contre le soleil, le site étant très exposé.
Quand la mer est-elle la plus agréable à Himarë ?
L'eau ionienne se réchauffe lentement et reste tiède longtemps après l'été. Les épaules de saison offrent le meilleur compromis entre température de l'eau, fréquentation et confort de circulation. Notre page octobre détaille ce que l'arrière-saison permet sur la côte.
Destinations à découvrir

Dhërmi
Un village de pierre à deux cents mètres au-dessus de la mer, sous le col de Llogara, et une bande de plages en contrebas
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Sarandë
La ville-balcon du sud ionien, face à Corfou, base logistique de toute la riviera
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Vlorë
Là où l'Adriatique devient l'Ionienne, entre lagune à flamants et péninsule sauvage
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